18 (1918 : 2018) un monde nouveau / exposition du photojournaliste Laurent Van der Stockt, visa d’or 2017 – DU 10 SEPTEMBRE AU 30 DECEMBRE 2018 Seize artistes ont créé une oeuvre pour cette exposition. S’agissant d’aujourd’hui, exposition du photojournaliste Laurent Van der Stockt, visa d’or 2017.

 

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Jean Marc Cerino
1918, Appareil de repérage des avions par le son
huile et peinture synthétique à la bombe sous verre
136,5 x 105,2 cm

Les enfants

Les enfants de 14-18 ont des expériences variées. Alors que les garçons sont élevés dans l’imitation des pères partis au combat, les filles peinent à trouver une place dans une société orientée vers le culte de la masculinité et de l’héroïsme. « J’avais tout de suite fait preuve d’un patriotisme exemplaire en piétinant un poupon de Celluloïd « made in Germany » qui d’ailleurs appartenait à ma sœur », témoigne avec ironie Simone de Beauvoir. « Je plantais des drapeaux alliés dans tous les vases. » Les prières pour les soldats, les travaux de couture pour les prisonniers sont autant de contributions à l’effort de guerre.
Toutefois, après le départ des pères, les enfants finissent par s’adapter à la guerre. La guerre entre dans le quotidien des enfants, elle se banalise. La succession des mois et des années est marquée par l’attente des lettres venues du front, parfois adressées directement aux enfants par des hommes qui redécouvrent, à distance, leur rôle de père. Les plus jeunes vivent la guerre comme une sorte d’aventure collective. Pap N’ Diaye
C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT
Léon Gimpel
La guerre des gosses  – Léon Gimpel (1873-1948) 
De son propre aveu, les débuts de Léon Gimpel dans la photographie furent « catastrophiques ». Tentant d’immortaliser des canards en 1897, il s’y reprend une douzaine de fois sans qu’aucune de ses plaques ne révèle le moindre animal. Contre toute attente, l’homme est à l’orée d’une longue carrière photographique. Il publie son premier cliché dans la presse en 1900 avant de devenir collaborateur régulier de  l’hebdomadaire L’Illustration. Mais en ce début de XXe siècle, Léon Gimpel est surtout l’un des meilleurs spécialistes des autochromes, le premier procédé industriel de photographie couleur, commercialisé par les frères Lumière en 1907. 
Paradoxalement, ce pionnier du reportage en images passe à la postérité grâce à une série de clichés mis en scène. Amusé par une bande de gamins jouant à la guerre dans les rues de Paris en août 1915, le photographe entreprend de « doter cette petite armée de diverses fournitures » écrit-il dans ses mémoires. Après les avoir équipés de fusils et de sabres de bric et de broc, il charge les enfants de construire un canon de 75 mm et un avion de combat. Son fuselage est une caisse en bois, sa mitrailleuse un moulin à café surmonté d’un manche à balai. 
Son récit de l’aventure, bourré d’humour, trahi la relative légèreté qui règne encore sur Paris à l’été 1915. Les hommes sont au front, les femmes à l’usine et des avions allemands bombardent déjà – quoique maladroitement – la capitale, mais les Parisiens ne semblent pas encore souffrir des privations. Pour autant, les combats sont bien présents dans les esprits et la série reprend tous les clichés de la guerre vue de l’arrière. Profitant de travaux de voierie, le photographe installe « [ses] petits poilus » et leurs fusils dans une tranchée. Une maison en ruine l’aide à figurer les destructions sur le front. Sur un autre cliché, Léon Gimpel envoie son armée en cuisine, corvée de patates incluse. 
Dans cette troupe de Français qui gagnent à tous les coups, on capture aussi un « boche ». Coiffé d’un chapeau melon surmonté d’une carotte en guise de casque à pointe, il est exécuté à coup de canon pendant que le talentueux « Pépète », « l’as des petits acteurs », envoie un ennemi au tapis depuis son avion de chasse. Boudées par l’Illustration « qui ne trouva pas ces sujets assez sérieux », selon le photographe, les images sont publiées en octobre 1915 dans La Lecture pour tous, qui s’adresse à un public plus large. 
Léon Gimpel reçoit son ordre de mobilisation quelques mois plus tard, en mars 1916, alors que les frappes aériennes sur Paris se font plus meurtrières. Il demande à être incorporé au service photographique de l’armée mais rejoint finalement une usine d’aviation au sein de laquelle il créé un laboratoire photo. Inventeur touche-à-tout, il travaille sans relâche à l’amélioration de la sensibilité du procédé autochrome afin de diminuer le temps de pose nécessaire à la réalisation d’un cliché. Le photographe devient ainsi l’auteur du premier autochrome capturé depuis un avion en mai 1917. Fragiles parce que fixés sur des plaques de verre, les autochromes originaux de Léon Gimpel sont conservés par la Société française de photographie.  Mathilde Boussion
C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT
Léon Gimpel
Les gueules cassées
Au sortir de 14-18, l’un des signes les plus spectaculaires de l’impact de la guerre fut la présence de faces terrifiantes, partie intégrante d’un « paysage » dévasté par le conflit : 10 000 à 15 000 combattants défigurés en France. La nouveauté du phénomène résidait moins dans le type de blessure que dans sa fréquence et sa gravité, causées par un armement beaucoup plus destructeur qu’auparavant. Ces fameuses « gueules cassées » constituent sans nul doute l’un des pires héritages de la Première Guerre mondiale. Pour ces hommes jeunes, toute réinsertion au sein de la société de l’après-guerre s’annonçait difficile : ils avaient perdu, sur le champ de bataille, une part de leur identité. Aux épreuves morales s’ajoutaient de dramatiques difficultés matérielles. Aussi, à l’initiative de deux anciens de la Ve division du Val-de-Grâce, appelée le « service des baveux » (car beaucoup n’avaient plus de lèvres ni de mâchoire pour retenir leur salive), fut fondée, en 1921, l’Union des blessés de la face. Placée sous la présidence du colonel Picot, lui-même grand blessé de la face, elle fut la première association spécialisée en fonction de la nature de la blessure. Se posait par ailleurs, de manière cruciale, le problème de leur réinsertion professionnelle. D’autant que les difficultés économiques des années 1920 n’ont guère favorisé l’embauche des mutilés. Si des emplois ont été réservés aux anciens combattants, les gueules cassées ne purent pas toujours y accéder, ce qui contribua à les marginaliser un peu plus. Le préjudice spécifique à la défiguration et le droit de réparation n’ont été pleinement reconnus qu’en 1925. Restait à réaliser l’un des vœux les plus chers aux blessés de la face : l’acquisition d’un lieu capable de les accueillir. En 1927, l’établissement, situé dans le château de Moussy-le-Vieux, en Seine-et-Marne, était inauguré par le président de la République Gaston Doumergue. Un tel projet signifiait finalement la résignation à une certaine forme de marginalité sociale et le renoncement à affronter le regard des autres. Pap N’Diaye
C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT
Eric Manigaud, Chevaux brûlésRéunion de gueules cassées 
dessin poudre de  graphite, 2018

Les chevaux

« Je n’ai encore jamais entendu crier les chevaux et je puis à peine le croire. C’est toute la détresse du monde », écrivait Erich Maria Remarque dans A l’ouest rien de nouveau. Une phrase terrible qui, comme d’autres témoignages de soldats de 14-18, atteste que la guerre moderne n’a pas aboli l’usage des chevaux. Au moins 1,5 million de chevaux sont mobilisés par l’armée française entre 1914 et 1918 (dont 600 000 achetés à l’étranger) ; 1,2 million par les Britanniques. La Grande Guerre a beau être un conflit moderne et mécanisé, on achemine plus de fourrages que de munitions vers le front en 1914-1918 ! La majorité de ces bêtes sert au ravitaillement et à la traction du matériel d’artillerie ; une minorité seulement pour la cavalerie, largement marginalisée par la guerre de tranchées. Pap N’Diaye

chevaux brûlés

Eric Manigaud Chevaux brûlés ,  
dessin poudre de graphite, 2018

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Nicolas Daubanes – chars Renault qui ont remplacé les chevaux – dessin – poudre de limaille de fer sur papier aimanté

Bruno Albizzatti – Sans-titre (impact, Choiseul), 2018 – Graphite, fusain et collage sur papier, 180 x 140 cm

Face au 15 rue de Choiseul, dans le 9ème arrondissement de Paris, les pierres de taille d’une impo­sante façade d’immeuble sont jonchées d’aspérités qui entourent une inscription gravée : « BOMBE D’AVION 30 JANVIER 1918». Le bâtiment, qui fut le siège du Crédit Lyonnais, conserve les traces des bombardements stratégiques (objectifs civils) menés par trente appareils Gotha allemands du­rant la nuit du mercredi 30 au jeudi 31 janvier 1918. L’empreinte de ces impacts est la matière première de cette pièce, obtenue par frottage, elle inscrit dans le papier la mémoire de ces formes saillantes, qui en est la matrice.

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Bruno Albizzatti

Le jazz

L’impact du débarquement américain à partir de 1917 dépasse de loin l’aspect militaire : à travers le sport et la musique, c’est un vent de renouveau qui souffle sur la vieille Europe. Les Américains n’apportent pas seulement du sang neuf mais une manière d’être au monde, un rythme, un style, qui affecteront durablement la façon dont les corps européens seront désormais appelés à bouger, tant dans les danses qui déferleront sur l’Europe que par le sport. Parce qu’elle mêle un bouleversement musical appelé à devenir pérenne et le surgissement de la communauté noire comme force créative, l’arrivée du jazz en Europe marque les esprits et entraîne les corps. Le témoignage de Noble Sissle, tambour-major du 369e régiment d’infanterie de l’armée américaine, orchestre « de couleur », est à cet égard saisissant. « Dans un village du nord de la France, nous jouions le refrain favori de notre colonel, Army Blues. Nous étions les premières troupes américaines à venir là. Dans la foule qui nous écoutait se trouvait une petite vieille d’environ 60 ans qui, à la surprise générale, se mit à esquisser sur notre musique un pas qui ressemblait tout à fait à notre danse « walking the dog »J’eus alors la certitude que la musique américaine deviendrait un jour la musique du monde entier. » Réflexion visionnaire. Ce son rompt avec ce que l’on connaît, timbre, pulsation rythmique, liberté de l’exécution. Le jazz devient instantanément populaire.

Au grand déplaisir de certains : « Les hurlements du jazz, les klaxons et les trompes d’auto, lit-on dans un journal parisien en 1924, ont relégué l’accordéon dans le magasin des accessoires. L’américanisme triomphe, la société contemporaine succombe sous une vague de laid et les derniers poètes meurent un à un. » Pap N’Diaye

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Jean-Michel Alberola

Françoise Vergier « Oui c’est la guerre pour ce qui n’a pas de prix » 2018 – Résine peinte, bois 46 X 36 X 10 cm

  « Le poing d’une femme et  le poing d’un homme pour une guerre de la résistance. Depuis toujours, il y a des personnes qui ne cèderont pas. C’est ainsi que je peux croire à une humanité, sauvegardée de sa soumission au déclic de l’éveil. Oui, la beauté est toujours en instance, là où le grand jeu de l’imaginaire n’abolit pas le hasard. Aujourd’hui plus encore qu’hier le prix du NON coûte cher à toute singularité ouverte sur l’ailleurs. Des idées, des pensées, l’art, l’amour n’ont pas de prix. »

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Françoise Vergier

Les suffragettes

Il y a cent ans, les femmes britanniques de plus de 30 ans arrachent le droit de vote, couronnement de cinquante ans de lutte. Le suffrage véritablement universel est obtenu dix ans plus tard, en 1928, lorsque les femmes obtiennent le droit de voter à partir de 21 ans sans conditions de ressources ou de diplôme.

Le combat des « suffragettes » renvoie à la Women’s Social and Political Union (WSPU), créée en 1903 et dirigée par Emmeline Pankhurst. Mais les premières demandes de vote remontent aux années 1830 en Grande-Bretagne, et aux années 1870 en France avec la fondation de l’association « Le droit des femmes » par Hubertine Auclert. Au début du 20e siècle, les suffragettes de la WSPU jouent un rôle de premier plan par le radicalisme de leur action : à partir de 1909, plus d’un millier sont emprisonnées et nombre d’entre elles participent à des grèves de la faim. La Première Guerre mondiale amena les femmes à occuper des emplois traditionnellement masculins, ce qui poussa le Parlement britannique à voter la loi de 1918. En France, les femmes n’obtiennent le droit de vote qu’en 1945. Pap N’Diaye

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Jean-Marc Cerino Women’s Rights March, 
New York, 1918, 2018
huile sur verre, impression 
et rideau de douche sous verre
90 x 138 cm

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Jean-Marc Cerino Chalking (Suffragette tactic), 2018
huile sur verre et craie 
sur impression papier
72 x 106 cm

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Elfi Exertier, Pierre Buraglio, Claude Buraglio

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Elfi Exertier

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Elfi Exertier

Danielle Humbey-Barrière –  Témoignage. le 28/08/2018 – en hommage à  Alphonse ALBIETZ dit Louis Duchêne de son nom de guerre .

Au début des années cinquante, mon enfance a été marquée par une étrange rencontre, celle d’un homme qui avait été aviateur et photographe aérien durant la première guerre mondiale. Son nom de guerre était Louis Duchêne. Alphonse ALBIETZ était né à Masevaux (actuellement dans le haut Rhin) en 1883 et vivait dans le village de GIROMAGNY (territoire de Belfort), depuis le début des années 1890. En 1912, il exerçait déjà la profession de photographe à MULHOUSE ( Haut  Rhin), puis en 1930 à Giromagny jusqu’au début des années cinquante. Si la guerre et la folie des hommes lui avaient volé son visage et ses yeux, il lui restait sa passion pour la photographie. Inlassablement il avait photographié le ciel et possédait des centaines de clichés  qu’il développait  dans sa chambre noire . Avec mes mots d’enfant je m’appliquais à lui décrire les cieux d’orages, les stratus et les cumulus, les nuances de blanc et de gris, l’intensité des contrastes et la délicatesse des graphismes. C’était un personnage hors du commun, il était hors du temps, d’une lucidité extrême face à cette société villageoise étriquée, croyante et bien pensante qui le marginalisait. A l’église, sur ordre du prêtre, il devait se cacher derrière un pilier pendant l’office et communier avant les fidèles. Il était  d’une grande sagesse, c’était  un homme raffiné qui se passait de la compassion et de la pitié des autres pour vivre. Par ce témoignage je voulais rendre hommage à un homme qui devait au quotidien faire face à la cruauté humaine. L’art de la photographie lui apportait le rêve et l’évasion. Alphonse ALBIETZ est mort en 1969 et repose au cimetière de Giromagny. Sur son acte de décès figure la mention « sans profession » …

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

 

La chambre noire – pastel sur papier,  60×80

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Danielle Humbey-Barrière –  La guerre… et après.
Huile sur papier, 2018
40×50

 

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Pierre Buraglio – les blessés

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Pierre Buraglio

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht

La ligue spartakiste (par référence à l’esclave Spartacus) est une organisation de gauche révolutionnaire allemande fondée en 1915 par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Leur objectif est de mettre fin à la guerre et de déclencher la révolution, ce qui leur vaut d’être emprisonnés pendant la guerre. Après l’Armistice, et sous influence de la révolution bolchevique, l’heure de la révolution en Allemagne est venue, estiment les deux militants, qui fusionnent la ligue spartakiste avec d’autres organisations pour créer le Parti communiste allemand. En janvier 1919, le soulèvement lancé à Berlin par les communistes est écrasé dans un bain de sang par l’armée et les corps francs (groupes paramilitaires). Luxemburg publie son dernier article le 14 janvier 1919, intitulé : « l’ordre règne à Berlin ». Le lendemain, elle et Liebknecht sont assassinés par des militaires. Pap N’Diaye

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Pierre Buraglio

Pablo Garcia – Formes terrestres – MDF, 2018
Ces reliefs sont le prolongement de peintures faites à partir de relevés dans la forêt de Verdun. Cent ans après la guerre le sol est toujours le témoin de son passé militaire. Ces reliefs reprennent des éléments surgissant du sol, de cette terre mutilée. Certaines formes renvoient aux tranchées, d’autres aux casemates ou encore à tout ces objets métalliques fichés dans le sol pour empêcher l’avancée des troupes.

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Pablo Garcia, Pierre Buraglio

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Pierre Buraglio –

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Claude Buraglio

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

LAURENT VAN der STOCKT – Visa d’or 2017 : La bataille de Mossoul

photos de l’exposition par Philippe Petiot – textes de Mathilde Boussion

En juin 2014, au terme d’une offensive éclair sur le nord de l’Irak, l’Etat islamique s’empare de Mossoul, deuxième ville du pays. Dans la foulée, le groupe proclame l’établissement d’un « califat » sur son territoire. A cheval sur la Syrie et l’Irak, il abolit la frontière entre les deux pays héritée de la Première guerre mondiale. Les djihadistes célèbrent l’événement sur les réseaux sociaux à coups de vidéos accompagnées du hashtag #sykespicotover (« la fin de Sykes-Picot »), en référence à l’accord de 1916 établissant le partage du Moyen-Orient entre la France et le Royaume-Uni.

Pour beaucoup au Moyen-Orient, ces accords symbolisent encore la trahison des puissances européennes qui avaient promis l’indépendance aux nations arabes en échange de leur soulèvement contre l’Empire Ottoman au cours de la Première guerre mondiale. Avec ses vidéos, l’Etat islamique entend exalter la fierté des populations tout en attisant le ressentiment contre l’Occident. A Mossoul, le groupe joue également sur la défiance des habitants à l’égard de l’État irakien. Majoritairement sunnites dans un pays dominé par les chiites, ils subissent discriminations et violences depuis des années. Mais le piège se referme rapidement sur la ville soumise au règne brutal des djihadistes. 

L’armée irakienne, appuyée par une coalition internationale, lance la reprise de Mossoul devenue « capitale » du groupe Etat islamique deux ans plus tard, à l’automne 2016. Cette bataille est la plus déterminante, et l’une des plus dures, menée contre l’organisation. Neuf mois de combats seront nécessaires à la reprise de la ville. Le défi est immense : la cité devenue ligne de front abrite plus d’un million de civils au début des combats. Avec ses voitures suicides et ses drones bourrés d’explosifs, l’Etat islamique impose un combat d’un genre nouveau. 

En première ligne, Laurent Van Der Stockt couvre l’essentiel de la bataille aux côtés des forces spéciales du contre-terrorisme irakien. Depuis le début de leur combat contre le groupe djihadiste, ces soldats ont mis un point d’honneur à respecter tous les Irakiens quelle que soit leur confession. A Ramadi, Tikrit et Falloujah, ils ont acquis la sympathie des populations. Acteurs centraux de la reprise de la première moitié de la ville, ils avancent prudemment pour éviter le pire aux civils. Les frappes aériennes sont alors parcimonieuses et précises le plus souvent.  

Mais à l’approche de la vieille ville, dernier bastion des djihadistes, d’autres forces militaires montent en puissance. Cette fois bombardés sans distinction, les civils fuient en traversant les lignes de front sous les tirs et les explosions, quand ils ne sont pas visés par les snipers de l’Etat islamique ou retenus de force par les combattants qui s’en servent de boucliers humains. La victoire des troupes irakiennes est proclamée à la mi-juillet 2017. Les combats ont fait plus de 700 000 déplacés d’après l’ONU et près de 10 000 morts parmi les civils, d’après une enquête de l’agence américaine Associated Press. 

De la Bosnie à l’Irak en passant par l’Afghanistan, la Tchétchénie ou la Syrie, Laurent Van der Stockt a couvert tous les conflits majeurs depuis le début des années 1990. Plusieurs fois blessé, le photographe a vu son travail récompensé par les prix les plus prestigieux de la profession (World Press photo, Visa d’or, Prix Bayeux…). Représenté par l’agence Getty, il a couvert la bataille contre l’Etat islamique pour Le Monde. 

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C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUITC.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

« Le jour le plus long »

Le 29 juin 2017, l’armée, la police fédérale et les forces spéciales du contre-terrorisme entament une nouvelle avance au cœur de la vieille ville, où se sont retranchés les derniers djihadistes. Trois ans plus tôt, jour pour jour, c’est ici, depuis la mosquée Al-Nouri, la plus ancienne de Mossoul, que le chef de l’Etat islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi  a proclamé l’établissement de son « califat ». Symboliquement, la reprise de la mosquée devait marquer la victoire des troupes irakiennes. Elle n’arrivera jamais : acculés, les djihadistes ont préféré faire exploser l’édifice. 

Bombardée sans relâche pendant des mois, la vieille ville n’est plus qu’un tas de gravas. Les anciennes maisons ottomanes construites en étages sur un terrain accidenté sont tellement détruites que les civils qui en sortent semblent avoir été ensevelis sous un tremblement de terre. Affamés, le teint cireux, certains ont été pris au piège par les combats, d’autres, sympathisants ou membres de l’organisation djihadiste, ont reculé jusqu’au dernier instant. 

Les soldats épuisés progressent sur des éboulis vibrant à chaque nouvelle frappe de la coalition. A pied, ils passent à hauteur des ruines du minaret Al-Hadba, le célèbre « minaret penché » qui faisait la renommée de la mosquée Al-Nouri. D’une maison à l’autre, ils avancent sous la menace des snipers dans un chaos mêlant frappes aériennes et explosions déclenchées par les démineurs qui s’efforcent de déjouer les pièges laissés par les djihadistes. Ouvrant les murs à coups de masse, ils découvrent parfois des familles entières piégées dans les destructions. 

Femmes et enfants sont sortis de leurs abris pour être conduits en lieu sûr pendant que les hommes, soupçonnés d’appartenir à l’Etat islamique, sont arrêtés sur le champ la plupart du temps. Sans grande conviction, un soldat tente de masquer l’objectif de l’appareil photo alors que deux d’entre eux sont giflés. Certaines forces irakiennes ont été accusées de nombreuses exactions au cours de la bataille. Aux mains des forces spéciales du contre-terrorisme, ces prisonniers là ont la « chance » de vivre un sort bien plus favorable que celui qu’ils auraient pu subir face à l’armée ou la police fédérale.

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

C.A.C. Saint-Restitut, exposition DIX-HUIT

Lundi 10 septembre à 18H : conférence de Pap N’diaye, professeur à Sciences Po Paris  » Le passage de la guerre à la paix » et ensuite rencontre avec Laurent Van der Stockt animée par la journaliste Mathilde Boussion. 19h : vernissage en présence des artistes, Jean Marc Cerino, Eric Manigaud, Pablo Garcia, Françoise Vergier et Elfi Exertier.

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